La vie quotidienne des habitants : adaptation, peurs et solidarités
Le conflit n’est pas seulement une affaire de rois et de capitaines : il bouleverse la vie de tous. Tournon-d’Agenais, comme d’autres bastides, doit faire face à :
- L’insécurité persistante : Les compagnies anglaises ou “franches” (mercenaires désœuvrés après la trêve) écument la région. Les recensements de 1373 font état d’une population réduite de moitié par rapport à 1320.
- Destruction et reconstructions : Après chaque passage de troupes, maisons, granges et moulins sont fréquemment détruits ou dévastés. Les documents de la sénéchaussée évoquent des séries de reconstructions jusqu’au XVe siècle.
- Organisation autarcique : La bastide, entourée de ses remparts, devient un refuge. La solidarité entre familles, la mutualisation des biens (réserves de grains, puits collectifs sur la place), s’accentuent.
- L’activité agricole transformée : Abandon des cultures de la périphérie, repli sur des productions vivrières dans la protection immédiate de la ville.
On sait qu’à plusieurs reprises, le marché du samedi, essentiel à la survie locale, fut suspendu “faute de marchandises et de sûreté” (Archives diocésaines d’Agen, 1387).
Religion et refuge : le rôle de l’église Saint-André
L’église, alors intégrée au système défensif (et la chapelle Saint-Étienne du Pech, aujourd’hui disparue), sert de dernier abri lors des sièges. Les cloches sonnent le tocsin à l’annonce d’une troupe ennemie ; on retrouve dans les chroniques ecclésiastiques la mention de plusieurs “assauts repoussés par miracle”, preuve de la place de la foi dans le quotidien sous la menace.