Tournon-d’Agenais au XXe siècle : un siècle de bouleversements et de renouveau

29 novembre 2025

Le choc de la Première Guerre mondiale : une commune en deuil

La Première Guerre mondiale (1914-1918) frappe durement la France rurale, et Tournon-d’Agenais n’échappe pas à ce drame collectif. En 1911, la commune compte environ 1 300 habitants (INSEE). Comme dans de nombreux villages, une proportion importante des jeunes hommes est appelée au front dès 1914.

  • Mobilisation : Selon les listes officielles, environ 140 Tournonnais sont mobilisés durant le conflit.
  • Pertes humaines : Le monument aux morts, inauguré dans les années 1920, porte 58 noms de Tournonnais morts "pour la France". Cela représente près de 4,5 % de la population de l’époque – un impact humain immense sur les familles et la vie sociale du village.
  • Vie à l’arrière : Les femmes assurent la vie agricole et quotidienne. Le blé, la vigne, et l’élevage restent la base de l’économie, mais avec des difficultés dues au manque de main-d’œuvre masculine.

À titre d’anecdote, l’épidémie de grippe espagnole en 1918 touche aussi la commune, aggravant la situation déjà dramatique (source : Mémoires d’anciens).

Entre-deux-guerres : reconstruction et vie locale

La génération d’après-guerre affronte un douloureux besoin de reconstruction :

  • Urbanisme : Quelques réparations sont entreprises ; la commune investit dans la réfection de l’école communale et de la voirie.
  • Vie associative : Dès 1922, le comité des fêtes de la bastide est relancé, les bals de la Halle reprennent malgré la morosité ambiante.
  • Agriculture : Cette période marque une évolution lente mais irréversible : apparition des premiers tracteurs, recul de la polyculture au profit de la spécialisation, notamment la viticulture et l’élevage de bovins.

Sur le plan social, l’installation de l’électricité vers 1925 transforme le confort quotidien et attire l’attention des communes alentours (archives départementales du Lot-et-Garonne).

La Seconde Guerre mondiale : occupation, résistance et mémoire

La Seconde Guerre mondiale (1939-1945) marque un nouveau traumatisme. Après la débâcle de 1940, le Lot-et-Garonne passe sous l’administration de Vichy, puis, à partir de 1942, sous occupation allemande.

  • Occupation et ravitaillement : Les restrictions alimentaires s’intensifient, la vie quotidienne est bridée par le rationnement.
  • Résistance : La région du Quercy, dont fait partie Tournon-d’Agenais, devient progressivement un bastion de la Résistance. Des membres de la commune rejoignent les groupes du maquis de la vallée du Lot, notamment dans le secteur de Fumel et Monsempron-Libos.
  • Actions marquantes : En juillet 1944, un parachutage d’armes a lieu près de la commune, destiné aux groupes francs locaux. Cette opération, bien que discrète, symbolise l’engagement de certains habitants dans la lutte contre l’occupant (source : Musée de la Résistance du Lot-et-Garonne).

Après la Libération en août 1944, une épuration locale volontaire de la collaboration est organisée, comme dans beaucoup de villages. Le souvenir de cette période reste sensible et vivant à travers les commémorations du 8 mai et du 11 novembre.

Exode rural et mutations agricoles : les années 1950-1980

À partir des années 1950, Tournon-d’Agenais est touché de plein fouet par l’exode rural, phénomène massif du Sud-Ouest à cette époque.

  • Population : La commune tombe sous la barre symbolique des 1 000 habitants à partir de la fin des années 1950 (INSEE), passant de 1 103 habitants en 1954 à seulement 773 en 1982.
  • Agriculture : La mécanisation fait disparaître les petites exploitations au profit de fermes de taille moyenne. La culture du pruneau d’Agen s’intensifie (soutien de l’État lors de la création des coopératives dans les années 1970), tout comme celle de la vigne et du tabac, produit-phare du Lot-et-Garonne.
  • Écoles et commerces : De nombreux commerces ferment, la scolarité se centralise peu à peu sur les bourgs importants du canton, entraînant la fermeture de petites écoles de hameaux alentours (archives locales).

Ce recul démographique explique le maintien d’un tissu social structuré autour de la Halle, de l’église Saint-André, et du marché hebdomadaire, mais avec moins de jeunes et davantage de personnes âgées.

Les Trente Glorieuses : modernisation et premiers balbutiements touristiques

Malgré les défis, l’après-guerre apporte un vent de modernité sur la bastide.

  • Infrastructures : Déploiement du téléphone à la fin des années 1960, aménagements du réseau routier secondaire (notamment la D656 traversant le bourg).
  • Patrimoine : Les années 1970 voient les premières mesures de valorisation du patrimoine local, avec le classement du clocher de l’église ou encore la restauration du Beffroi, symbole de la liberté communale.
  • Tourisme : On note les débuts du tourisme rural : quelques chambres d’hôtes s’ouvrent, profitant du label “Village Fleuri” obtenu en 1972.
  • Vie associative : L’Union Sportive Tournonnaise est fondée en 1976, relançant une dynamique intergénérationnelle par le sport et l'organisation de fêtes locales comme le carnaval et les foires agricoles.

Une anecdote emblématique : pour la première fois en 1975, la fête médiévale fait revivre l’ambiance du Moyen-Âge sous la Halle et dans les ruelles, attirant plus de 800 visiteurs, un record pour l’époque (“Le Républicain”, archives).

Crises et résilience des années 1980-1990

Dans les années 1980-90, la commune subit de plein fouet les conséquences de la crise agricole et économique. Le plan d’arrachage de la vigne, imposé par l’Union Européenne, provoque la disparition de centaines d’hectares dans la région du Lot-et-Garonne.

  • Réorientation : Les agriculteurs se diversifient (pruneau, fruits, canards gras) ; certains, soutenus par les programmes LEADER, créent des gîtes et exploitent le tourisme vert.
  • Démographie : Malgré la crise, la population entame une légère hausse vers la fin du XX siècle, portée par le retour de “néo-ruraux” à la recherche d’authenticité et de qualité de vie (INSEE 1999 : 845 habitants).
  • Vie collective : Le jumelage avec la commune espagnole de Fuentes de Nava en 1987 symbolise l’ouverture européenne et la volonté de créer des liens au-delà des frontières.

C’est également l’époque où la commune intensifie ses actions de sauvegarde patrimoniale : création du syndicat d’initiative, valorisation de la tour de l’Horloge et lancement des premiers circuits de randonnées balisés.

Mutations du quotidien : écoles, transports, sociétés

Outre les grands événements, la vie quotidienne à Tournon-d’Agenais connaît ses propres bouleversements durant le XX siècle :

  1. Scolarité : La fermeture successive des écoles de hameaux accélère l’intégration du collège de Penne-d’Agenais, mais l’école primaire du village parvient à se maintenir.
  2. Transports : L’arrêt du train à voie étroite reliant Tournon à Penne-d’Agenais en 1952 marque la fin d’une époque, faute de rentabilité et d’entretien. Le car départemental prend le relais pour desservir le chef-lieu cantonal.
  3. Sociétés mutualistes : Les mutuelles agricoles, apparues dès les années 1930, connaissent un essor avant un lent déclin, fusionnant au fil du temps avec de plus grandes entités régionales.
  4. Équipements : Améliorations notables de la distribution d’eau potable dans les années 1950 et de l’assainissement à la fin du XX siècle, contribuant à la salubrité et à l’attractivité du village.

Aujourd’hui, un héritage toujours vivant

Les grands mouvements du XX siècle ont façonné Tournon-d’Agenais tels que nous le connaissons : une bastide marquée par les épreuves et les adaptations, mais toujours animée par la volonté de se projeter dans l’avenir. Ce passé récent alimente une mémoire collective partagée lors des fêtes, autour du monument aux morts, dans les associations ou encore à travers la restauration du patrimoine bâti. L’ouverture sur le tourisme et la qualité de vie qui fait aujourd’hui la réputation du village tirent leurs racines de ces décennies de bouleversements et d’espoir.

Pour approfondir

  • Archives départementales du Lot-et-Garonne, série E et série M.
  • INSEE, recensements de population.
  • Musée de la Résistance et de la Déportation du Lot-et-Garonne (Agen).
  • “Le Républicain”, hebdomadaire local, archives 1970-1990.
  • “Tournon-d’Agenais, évolution d’un village du Quercy en Agenais”, Bulletin de la Société Archéologique du Lot, 2007.
  • Syndicat d’initiative de Tournon-d’Agenais.

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